Il faut que je fasse un petit point sur l’Espagne et surtout sur El Potro car cela mérite bien plus que quelques mots.
Après une bonne semaine en Ardèche chez ma grande et belle cousine
Sarah et son copain Christophe qui est devenu un vrai ami (je vous embrasse fort tout les deux et je vous remercie encore pour ce beau moment que vous m’avez permis de vivre et j’embrasse aussi
les parents de Christophe qui sont de vrais amours, ainsi que Fred et Léa, deux belles personnes pleines d’espérances) ou j’ai pu partager leurs vie de paysans, en contact direct avec la nature
et les belles choses de la vie ; Ou j’ai pu aider a ramener les agneaux avec les chiens (les parents de Tiga qui me suivra ensuite dans mon périple en Espagne) ; apprendre comment tuer,
découper et préparer un agneau ; conduire le tracteur quand on ramassait la paille ; me battre avec des cochons déchainés pendant un certains nombres d’heures ; participer
aux petits marchés locaux, ou j’ai pu plus généralement gouter a une vie saine et simple ou les jours sont beaux et longs et ou la nature fait partie de chaque instants, bref, un moment et un
endroit qui restera cher a mon cœur car c’était la première fois depuis longtemps que je pensais pouvoir vivre en France si je vivais comme ça. C’est donc là bas que j’ai rencontré deux
copines de Sarah qui descendait justement à Barcelone et qui ont eu la gentillesse de m’offrir une place a bord de leur voiture. J’ai donc d’abord passé deux nuits « gratuites »
au camping avec elles. Puis j’ai bien senti que je les gênais un peu dans leur trip entre copines, je suis donc parti avec Tiga dans les rues de Barcelone, pas forcement facile avec un gros sac
et un petit chien, avant de prendre un hôtel quand Brit arriva. On passe donc quelques jours ensemble là bas. De très bon moments mais assez frustrant puisque Brit revenait à ce moment la
d’un trek dans les Pyrénées avec son père et quelques un de ses amis et il fallait donc qu’elle passe un peu de temps avec eux.
J’arrive finalement a Alcoy dans le sud de l’Espagne a quelques dizaines de kilomètres d’Alicante à minuit un soir de semaine, autant dire un soir désert ... Je passe la nuit avec ma maitresse la belle étoile, forcement LA seule nuit de mon mois et demi en Espagne ou il a plu. Et le lendemain j’envoi un texto à Pau mon frère qui vit la bas pour savoir ou est que l’endroit se trouve exactement. Il va de soi que Pau était en fait à Cuba à ce moment la mais il a la bonne idée de recevoir mon message et d’y répondre rapidement en me donnant pour seul indication le nom de la montagne. Après quelques heures de recherches pas faciles, on me dépose finalement en me disant que ca devrait être par là... Dans cette montagne, après une petite demi-heure de marche dans le canyon qu’on appelle « el baranc del Cinc », creusé par une rivière, qui ressemble plutôt à un filet d’eau aujourd’hui mais qui a du avoir sa gloire d’antan pour arriver à creuser un tel lit ; au détour d’un virage j’aperçois une cabane en bois. Je sens déjà dans mon cœur que je touche au but alors que je n’ai absolument aucune idée de ce qui m’attend… Je continue un peu et la je tombe sur une immense maison magnifique qui date du 18ème siècle. Sur la porte, « El Potro ». Wow ! Somptueux, je suis déjà aux anges…
J’y
rencontre Aline une Belge qui traverse l’Europe avec ses deux ânes et Jordi, celui qui vit la bas à plein temps toute l’année depuis déjà 5 ans et qui me réserve un accueil assez froid, sorte de
test, résultat d’un trop grands nombres de déceptions causées par des gens de passage pas si investis dans la recherche d’un nouveau mode de vie mais plus dans une belle opportunité de passé du
bon temps dans la Nature… Je crois que je n’ai pas trop mal passé le « test », il voit déjà que je parle un peu espagnol même si je baragouine plus qu’autre chose, mais sa lui suffit…
Je lui explique que j’ai rencontré Pau en Inde, dans la communauté dans laquelle je vivais, Sadhana Forest (il faudra aussi que je vous explique un peu Sadhana mais ca fera l’objet d’un article a
lui tout seul tellement j’ai de choses à dire…).Il me demande combien de temps je reste et comme bien souvent quand on me pose cette question je suis un peu embarrassé parce que je ne sais pas
quoi répondre ; entre une heure et une vie peut-être…Ca y est, je suis accepté, il restera malgré tout méfiant les quelques premiers jours…Je découvre alors « EL Potro », je
découvre en fait que tout mes rêves de liberté et d’indépendance d’un système qui réduit l’homme à une force de travail, résultat d’un calcul savant entre prix du travail, prix du capital et
productivité, le tout chapoté par le fait que l’homme doit être obéissant et qu’il doit pouvoir être mis dans une case, riche ou pauvre, au chômage ou employé, vieux ou jeune ; oui tout ces
rêves sont déjà réalités ici dans une montagne du sud de l’Espagne ou l’homme travaille dur mais ou il travaille parce que ça a un sens parce que ca lui offre une belle vie simple et équilibrée
au lieu de lui manger sa force avant de laisser un vieillard de 65 ans dépité et désespéré au bord de la route. Ou l’homme n’obéit pas mais réfléchit, construit, essaye, s’implique dans ce qui se
passe autour de lui, ou l’homme agit parce que cela a un sens et pas juste parce qu’on lui a dit un jour : « C’est comme ca. Et puis regarde les autres font pareil alors ca veut
bien dire qu’il n’y a pas le choix et surtout n’essaye pas d’avoir l’orgueil de faire différemment… » Quelle tristesse d’entendre encore des gens dire et pense cela…A El Potro, les choses
ont un sens elles en deviennent presque naturelles. Ici les hommes ne sont pas riches ou pauvres, il n’ya pas de vieux ni de jeunes et le chômage n’existe pas car le travail au sens ou en
l’entend chez nous n’existe pas non plus. Ici les hommes sont des hommes et personne ne vaut mieux qu’un autre. Personne ne peut décider, personne n’a raison si ce n’est le groupe entier,
personne n’aura le dernier mot après des discutions stériles comme ce qu’on appelle la démocratie. Ici c’est la dictature de la communauté, elle seule décide de tout, elle sait ce qui est bien
pour nous et ce qui ne l’est pas, elle seule nous fait vivre et peux nous tuer si elle le décide… Mais la communauté c’est nous. Tous dictateurs et sujets à la fois, la communauté se dessine
chaque jour au cours d’assemblées comme une nouvelle renaissance, qui rappelle que rien n’est acquis que seule les choses naturelles arrivent car sinon la communauté les écartera…
A El Potro, « communauté anarchique qui tend vers une auto suffisance » on produit la plus grande partie
de ce que l’on consomme, ainsi on a d’immense potager entièrement biologique qui nous offrent chaque jour, une multitude de fruits et légumes délicieux qui rendent a notre corps en puissance
mille l’énergie que l’on a dépensé pour leur permettre de pousser. On produit notre huile d’olive grâce aux centaines d’oliviers qui peuplent notre montagne, on a notre miel qui est aussi notre
source de sucre grâce aux abeilles qui habitent nos ruches et qui nous offrent aussi nos bougies grâce a leur cire. Quelques poules et poulets nous donnent nos œufs et un peu de viande des fois.
Bientôt des chèvres pour le lait et le fromage, bientôt des vignes pour notre vin. La montagne nous offre le bois pour se chauffer, cuisiner et construire les meubles. On fait aussi quelques
vêtements même si cela reste encore à améliorer… Le soleil et le vent nous offre le peu d’électricité dont nous avons besoin, concrètement, quelques ampoules et un autoradio pour la musique. On
troc l’huile d’olive contre la farine qui nous permet de faire notre pain dans le vieux four a pain traditionnel qui trône au centre de la maison et qui nous permettra, après l’avoir vendu a un
réseaux de particuliers sensibles a la qualité physique et éthique de ce qu’ils mangent, d’acheter tout ce qu’il manque et que nous ne pouvons pas encore produire nous-mêmes. Mais ici pas
d’extrémisme, l’autarcie n’ai pas le but, le but c’est la liberté, la liberté d’avoir « besoin » ou non de quelque chose. La liberté de ne rien attendre mais de créer…
A El Potro, des hommes de tous âges et de tous horizons vivent là ensemble. Jordi est celui qui est la depuis le plus longtemps à « plein temps ». En effet beaucoup, viennent passer quelques mois avant de reprendre la route ou de repartir sur une autre expérience pour revenir ensuite encore quelques mois ou quelques années…Beaucoup de locaux qui s’investissent pour une nouvelle manière de vivre. Quelques routards eux aussi a la recherche d’une vie nouvelle plus simple et plus naturelle. Des voyageurs, des amis d’amis… Ici tout le monde peut venir, donne ce qu’il peut, fait ce qu’il connait et tout ca avec un naturel déconcertant… Mais ou sont tous ces hommes dans la vie « normale » ???Ou se cachent-ils ??? Peut être sont ils déjà presque tous dans des les Potros de tout les pays eut être ne sont ils déjà plus dans la vie « normale » j’espère qu’ils sont déjà loin… Ou suis-je moi-même ?
J’ai en plus eu la chance d’arriver à un moment bien particulier, « los Journades ». En effet deux trois
semaines par an en été, tout les acteurs du projet se réunissent pour faire les « gros travaux », c’est donc plus de quarante personnes qui ont fait vivre cet endroit magique pendant le
temps où j’étais là. On a refait entièrement le sol et le plafond du rez-de-chaussée et du premier étage, changé le carrelage, les poutres, refait l’enduit des murs pour laisser apparaitre ces
belles pierres elles aussi issues de la montagne et qui ont naturellement trouvé leur place ici pour loger ceux qui font vivre cette même montagne…On a installé un velux dans le plafond du
dernier étage, crée une cuisine a bois, refait le hangar à outils. Las Jornadas sont un moment d’effervescence permanente ou tout est possible, ou chaque jour, de nouvelles idées apparaissent de
nouveaux projets, on se met ensuite d’accord sur la priorité des projets et surtout sur la manière dont on va les mener a bien. Tout est possible, on a même créer une tyrolienne qui traverse la
montagne pour pouvoir faire passer les sacs de matériaux sans devoir les porter a dos d’hommes sur plusieurs kilomètres de chemins escarpés. La première fois que j’ai parlé de cette tyrolienne,
c’était presque en rigolant. Le lendemain elle était la. C’est juste comme ca El Potro, les choses arrivent. Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Les soirées sont rythmées par la
musique, les rires, les histoires de chacun, des fois par des soirées cérémoniales accompagnées de l’usage des plantes traditionnelles.
Ici on apprend. On apprend la vie, l’agriculture, la musique, l’amitié mais on apprend aussi des choses sur soi même. On doit dés fois faire face a des situations difficiles, aux aléas de la vie en groupe, au besoin d’intimité et a la solitude aussi. Des fois certains habitants ne sont pas dans la même dynamique que le groupe, ils en font trop ou pas assez même si c’est souvent plutôt pas assez. On fait alors face à une question qui ressort de toutes les expériences de vie en communauté que j’ai pu connaitre. Faut-il exclure ces personnes ou au contraire essayer de faire avec ? Pour ma part je pense qu’en tout les cas même si une personne ne travaillait absolument pas, cela serait de toute façon positif sur le long terme pour out le monde. Voila mon raisonnement, les personnes concernées se rendront bien compte qu’elles ne sont pas dans la même dynamique que les autres et qu’un déséquilibre se crée. Ils se sentiront forcement d’une manière ou d’une autre en dehors du même groupe avec lequel ils partagent leurs vies. Deux options se présentent, ou ils vont d’eux mêmes rattraper l’énergie du groupe et s’y plonger complètement ce qui les aura fait grandir et ce qui les aura je pense changer à tout jamais. L’autre option c’est qu’ils ne changent pas voir même qu’ils s’investissent de moins en moins et ils se sentiront tellement exclus, même si les autres membres de la communauté essaye de ne pas créer ce sentiment il sera naturel, et ils partiront d’eux-mêmes au bout d’un certain temps, ce qu’il leur aura aussi beaucoup appris parce qu’ils sauront alors ce dont ils sont capables et quelles sont leurs limites…Cela ne peut être donc que bénéfique pour les personnes concernés. Pour les autres habitants de la communauté il en va de même car ils seront mis eux aussi face à leurs propres limites, à savoir, qu’est ce que je peux accepter et jusqu'à quel point. Pourquoi est il difficile d’accepter que quelqu’un travail quand je ne travaille pas ? Est-ce l’égo, ou simplement la jalousie, est ce que je voudrais être comme eux et pourquoi je ne le suis pas alors que personne ne m’oblige à travailler? Comment peut-on reprocher à quelqu’un qu’il ne travaille pas quand rien ne l’exige ? Ce sont aussi je pense des questions très intéressantes qu’il est bon de pouvoir régler avec soi même…Même la communauté en tant que « personne morale » ressort grandie d’un telle expérience a mon sens. En effet elle doit faire face a des énergies qui vont dans des sens différents et peut importe l’issue, elle n’en sortira que fortifiée car plus unie et encore plus déterminée…
Bref, à El Potro, on apprend la vraie vie, et la vraie vie n’est pas facile. Il faut savoir sans cesse se remettre
en question, oublier son égo au profit de la communauté et vivre par-dessus tout. Cette expérience à changer ma vie à tout jamais tant les choses que j’ai apprises là-bas font maintenant parties
de moi et de l’homme que je m’efforce de devenir chaque jour… J’y ai laissé beaucoup de choses comme encore un peu de mon égo, mon gri-gri africain qui n’avait jamais quitté ma poche depuis
presque deux ans et surtout mon chien Tiga, le meilleur chien au monde avec qui je n’ai pu passer qu’un temps si court, mais pour qui il semblait évident que c’était la meilleure solution car il
pourrait y vivre une vie de liberté sans laisse ni barrières. De plus, Tiga m’a fait réaliser a quel point la vie que je voulais maintenant ne pouvait pas s’embarrasser de quelque poids que ce
soit et encore moins d’une vie qui aurai demander tellement d’attention que je ne suis pas encore prêt à donner. Je me suis surtout rendu conte qu’avoir un chien aurait été quelque chose de bien
égoïste car c’était pour me faire plaisir et pour avoir un compagnon de route et pas pour rendre une être vivant libre ce qui est aujourd’hui ma seule mission…Le laisser là-bas est en même temps
une fierté et une honte, un grand déchirement que je n’oublierai jamais et en même temps un acte de sagesse lui offrant la liberté et me rendant la mienne. J’ai pu réaliser a quel point je ne
suis pas encore prêt à avoir des enfants même si maintenant je sais que je ferais tout pour avoir une famille autour de moi un jour…Je te retrouverai Tiga, toi ou ton fils, je ne t’oublierai
pas…
El Potro est ma maison pour toujours et les hommes et les femmes qui y vivent des frères et sœurs…